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En tant qu'acteur du développement économique régional, la Chambre de commerce et d'industrie de Québec prend clairement position sur les dossiers à incidence économique. Tous les communiqués de presse diffusés aux médias sont archivés sur ce site et peuvent être consultés en tout temps.

MÉMOIRE | Beauport 2020 : Un projet d'avenir, une vision économique

Jeudi 26 janvier 2017
Mémoire présenté conjointement par la Chambre de commerce et d'industrie de Québec et la Chambre de commerce de Lévis à l’Agence canadienne d’évaluation environnementale (ACÉE) dans le cadre des consultations publiques du projet Beauport 2020 de l’Administration portuaire de Québec

 

Mise en contexte

Fondée il y a plus de 200 ans, la Chambre de commerce et d’industrie de Québec (CCIQ) défend avec ardeur les intérêts de ses membres au chapitre des politiques publiques qui favorisent un environnement d’affaires innovant et concurrentiel. La CCIQ regroupe plus de 4500 membres de la communauté d’affaires de la grande région de Québec provenant de tous les secteurs de l’économie. Plus important regroupement de gens d’affaires de l’Est du Québec, elle poursuit la mission d’être la voie privilégiée des entrepreneurs de Québec et propose à ses membres une offre de services complète de soutien, d’accompagnement, de reconnaissance et de représentation économique.

La Chambre de commerce de Lévis est le plus important réseau de gens d’affaires de la région Chaudière-Appalaches. Elle représente plus de 1 200 personnes oeuvrant dans le milieu économique lévisien et elle a pour mission, depuis maintenant plus de 140 ans, de contribuer activement au développement de sa région dans un esprit de concertation.

Dans le cadre des consultations publiques de l’Administration portuaire de Québec, la CCIQ et la CCL souhaitent réitérer leur appui au projet Beauport 2020 afin d’assurer la compétitivité du Port de Québec devant une croissance de la demande en matière de transport maritime.

Le Port de Québec doit se doter d’infrastructures portuaires efficientes qui entraineront inévitablement des retombées économiques plus que considérables pour la grande région de Québec.

Par le présent mémoire, les deux organisations souhaitent soutenir l’une des infrastructures clés de l’économie de la région face à la concurrence internationale qui s’intensifie dans l’industrie maritime.

Le Port de Québec : Témoin des origines de la ville de Québec

Le Port de Québec, à l’origine de la création de la Ville de Québec, a contribué à son histoire et à son patrimoine. Il a été réputé lors du 19e siècle pour ses chantiers navals à perte de vue. En effet, au début du 19e siècle, le Blocus continental que Napoléon Bonaparte impose à l’Angleterre contraint les Britanniques à se tourner vers les forêts de pins blancs et de chênes de l’Amérique du Nord.

De grands constructeurs de bateaux avaient donc élu domicile à Québec dû aux caractéristiques des abords du Saint-Laurent et de l’embouchure de la rivière Saint-Charles, soit une infrastructure facilitant la construction navale et des ressources forestières abondantes et de qualité.

Conséquemment, l’industrie de la construction navale à Québec atteint son apogée au cours du 19e siècle : plus de 2 000 navires seront construits durant cette période. De façon plus précise, Narcisse Rosa, dans son livre de 1897, La construction des navires à Québec et ses environs évalue qu’entre 1797 et 1896, la production navale des chantiers québécois est de 2 542 navires jaugeant un tonnage total de 1 377 099 tonneaux.

Dès lors, les berges du Saint-Laurent et l’estuaire de la rivière Saint-Charles se remplissent de quais d’expédition et de chantiers navals où grouillent de nouveaux métiers spécialisés : bûcherons, charpentiers, mesureurs, tonneliers, débardeurs.

Le Port de Québec constituait aussi le rendez-vous de grands navigateurs. Le capitaine Joseph-Elzéar Bernier, le plus célèbre capitaine canadien qui a effectué des explorations dans l’arctique Canadien, revendiquant l’espace territorial arctique pour le Canada, a été associé aux activités portuaires de Québec.

Québec devient un port de mer international, porte d’entrée et de sortie commerciale des Empires français et britannique en Amérique, un foyer d’activités portuaires et marchandes parmi les plus intenses au Canada. Unique port de mer des deux Canada, Québec devient le carrefour obligé des importations et exportations du Royaume-Uni. Le Port de Québec est alors source de fierté pour les citoyens de la Ville de Québec. La Ville de Québec et son port bourdonnent depuis des siècles d’activités et ces ouvriers de la mer sont à l’origine de nos traditions maritimes.

Le rôle structurant de l’APQ

a. Positionnement stratégique

Les plus grandes villes du monde ont toutes un dénominateur commun, elles sont caractérisées par la présence d’un port, ce sont des villes portuaires. Elles se sont développées autour de ces ports qui constituent une porte d’entrée pour les marchandises provenant des contrées internationales et des voies essentielles pour les exportations des produits de toutes sortes vers les marchés extérieurs. La ville de Québec n’échappe pas à cette réalité.

Le fleuve Saint-Laurent constitue l’épine dorsale du Québec. Les Amérindiens l’appelaient Magtogoek et nos ancêtres, la mer. Quelle que soit son appellation, tous s’accordent pour le qualifier de majestueux. Le fleuve Saint-Laurent est une gigantesque porte d’entrée sur l’Amérique.

Formidable outil de développement pour le Québec, il est aussi la voie qui nous ouvre au monde. Véritable pont vivant qui relie les Grands Lacs et l’océan Atlantique, de la source à la mer, il accompagne les activités économiques et socioculturelles des communautés côtières depuis des millénaires, et des millions de personnes en ont tiré leur subsistance.

Peu de pays peuvent bénéficier de la présence d’un fleuve qui permette un transport maritime océanique jusqu’à 1200 kilomètres à l’intérieur des terres, jusqu’à Québec. En amont du pont de Québec, c’est un transport fluvial qui est possible dû au chenal étroit du fleuve et à la profondeur de l’eau. Le port de Québec bénéficie donc d’un avantage concurrentiel étant le dernier port en eau profonde avec 15 mètres à marée basse avant les Grands Lacs lui permettant de relier efficacement le cœur industriel et agricole de l’Amérique du Nord.

C’est un avantage stratégique d’importance. Il est essentiel de capitaliser sur cet état de fait en lien avec les retombées socio-économiques attribuables à la présence du port de Québec.

b. Retombées économiques

La CCIQ et la CCL souhaitent mettre en évidence les retombées économiques considérables que génère le Port de Québec. Ce dernier entretient aujourd’hui des relations commerciales avec plus de 60 pays. Doté d’une intermodalité complète et de terminaux performants, 27 millions de tonnes de marchandises ont été manutentionnées en moyenne au cours des cinq dernières années.

Une étude réalisée par KPMG en 2015 révèle que le pôle maritime de Québec génère des retombées économiques considérables. Le pôle maritime de Québec, ce sont des activités de transbordement de marchandises et de transport de passagers provenant de plusieurs pays. C’est un trafic maritime de plus de 1 000 navires par année. Le port joue un rôle clé dans les échanges commerciaux internationaux du Canada. Ainsi, la proportion du Port de Québec dans les échanges maritimes internationaux du Canada se situe à 12% pour le blé, 17% pour le pétrole brut et 21% pour les autres produits chimiques.

Selon les données de 2011, le Port de Québec était le plus important lieu de manutention québécois de pétrole brut, de minerai de cuivre et de ciment en provenance ou à destination de l’international.

Ce pôle maritime de la région de Québec génère près de 8 000 emplois (7 964) directs et indirects dans la région. Alors que le salaire moyen de la Région métropolitaine de recensement (RMR) de Québec s’établit à 42 600 $ par année, KPMG a calculé que le salaire moyen dans le transport maritime des marchandises est de 61 500 $, soit un écart positif de près de 45%.

Nous croyons fermement que le secteur maritime de Québec constitue un formidable générateur d’activités économiques qui créer de la richesse dans la communauté ainsi que dans l’ensemble du pays. Selon KPMG, ces activités maritimes et portuaires engendrent des impacts économiques directs, indirects et induits de 730 millions de dollars par année dans la région de Québec et respectivement de 1,05 milliard de dollars et 1,35 milliard de dollars pour le Québec et le Canada.

Le Port de Québec est aussi réputé à l’échelle mondiale comme destination phare sur le Saint-Laurent avec le passage de 150 000 croisiéristes et 102 navires de croisières en 2016.

Le Port de Québec constitue sans conteste une force socio-économique vive qui contribue à la santé et à la performance économique de la grande région de Québec et il est de notre devoir, en tant que chambres de commerce, de l’appuyer dans sa croissance.

Les défis des ports face à la compétitivité internationale

Dans un mémoire présenté par la Société de développement économique du Québec (SODES), devant la Commission de l’aménagement du territoire sur l'avant-projet de Loi sur l'aménagement durable du territoire et l'urbanisme (2011), on retrouve notamment une analyse du rôle stratégique des ports et des défis qui se dressent devant l’industrie maritime du Québec.

La CCIQ et la CCL souscrivent entièrement à ces énoncés. On y précise que les ports font partie d'un système de transport complexe qui intègre les modes maritime, routier et ferroviaire et ils constituent de véritables plaques tournantes pour la chaîne logistique qui doit en bout de ligne relier les différents marchés grâce aux modes routier et ferroviaire.

On peut lire dans ce mémoire que le rôle joué par les ports est particulièrement névralgique au sein de tout corridor de commerce puisque le transfert modal constitue un point de rupture dans la chaîne logistique qui amène souvent des coûts et des délais. Une bonne partie de l'efficacité et de la compétitivité de l'ensemble de la chaîne logistique dépendent ainsi de la capacité des ports à réaliser rapidement et efficacement la manutention et le réacheminement des marchandises.

On mentionne que c'est d'ailleurs pour ces raisons qu'une bonne partie de la compétitivité de toute la chaîne logistique se joue dans les ports. Ces derniers doivent être dotés des espaces et des équipements nécessaires pour jouer leur rôle efficacement. La question des accès portuaires, composés de routes et de voies ferrées, est tout aussi importante. La fluidité de ces accès est d'une grande importance pour l'efficacité des ports et de l'ensemble du réseau de transport.

Nous croyons que les installations portuaires constituent un actif essentiel à notre économie dont la portée est régionale, mais aussi nationale. Ceci est d'autant plus important dans un contexte où les activités portuaires auront tendance à s'intensifier avec le développement du commerce international.

Pour demeurer compétitifs, les ports devront se développer au cours des prochaines années afin de faire face à la demande croissante en transport. Ceci implique le développement des sites portuaires en soi, mais aussi le besoin d'assurer les accès terrestres nécessaires (routier et ferroviaire) à ces installations pour le trafic lourd.

De nombreuses opportunités se dressent devant l’industrie maritime. Citons notamment l’accord commercial global entre le Canada et l’Union européenne, la stratégie maritime du gouvernement du Québec et la relance du plan Nord.

La concurrence internationale est féroce. Dernier port en eau profonde du St-Laurent (15m) et chemin le plus court entre l’Europe et les Grands Lacs, le Port de Québec bénéficie d’un avantage concurrentiel dont il faut tirer profit pour éviter que les partenaires quittent vers des ports américains en eaux profondes qui ont réalisé au cours des dernières années des investissements massifs et offrent des infrastructures modernisées.

Nous sommes d’avis que si le Port de Québec ne prévoit pas des infrastructures portuaires qui lui permette de prendre sa place pour répondre aux besoins des marchés fluctuants, ce sont entre autres les ports de la côte est américaine qui seront favorisés, et ce, au détriment de la grande région de Québec, du Québec et du Canada.

Beauport 2020 : Préparer l’avenir : un passage obligé

L’Administration portuaire de Québec a bien résumé le projet Beauport 2020. Il s’agit d’aménager d’un quai multifonctionnel en eau profonde dans le secteur de Beauport. Ce quai s’accompagne d’un espace d’arrière-quai de 17 hectares servant au développement économique (transbordement, manutention et entreposage de vrac solide, liquide, et de marchandise générale conteneurisée ou non).

La réalisation du projet dans le secteur portuaire de Beauport permet aussi la reconfiguration de la plage de Baie de Beauport afin d’en assurer sa pérennité comme plage de sable et d’y confirmer son rôle récréatif à long terme pour le milieu.

Le projet proposé de 190 M$ consiste principalement à :

• une extension de 610 mètres de la ligne de quai (actuellement 1,1 km);

• l’ajout de 17 hectares de terrain (actuellement 92 hectares);

• la consolidation et le réaménagement de la plage de la Baie de Beauport.

• la création de ce nouvel espace économique permettra l’arrivée de nouvelles opportunités d’affaires qui généreront des investissements privés de 400 M$ en infrastructures pour les opérations de transbordement et d’entreposage, notamment.

• Durant la phase de construction estimée à cinq (5) ans, le projet créera 1 200 emplois par année. Par la suite, l’ensemble de ces infrastructures permettra de créer 1 100 emplois permanents supplémentaires et générera 100 M$ annuellement en nouvelles retombées économiques.

Rappelons qu’au Québec, le secteur des transports est le principal émetteur de GES. Il s’avère donc important de s’atteler à la tâche pour en minimiser les effets et, ainsi, réduire le bilan provincial en cette matière afin d’atteindre les objectifs de réduction des émissions fixés par l'entente de COP21.

Dans cette optique, le meilleur moyen de transport pour réduire les émissions de GES est sans contredit le transport maritime qui, en moyenne, consomme 4 fois moins de carburant que le transport routier et près de 2 fois moins que le transport ferroviaire. Ce qui a pour avantage que les émissions produites par le mode maritime sont 3 fois moindres que celles du camion et près de 2 fois inférieures au train.

Selon nous, le transport maritime demeure aussi le moyen de transport de l’avenir. Les gestionnaires du Port de Québec ont bien compris les enjeux reliés à des infrastructures portuaires efficientes et adaptées aux besoins du marché. Un passage obligé pour faire face aux défis de la compétition féroce dans un contexte de transport maritime.

Pour des infrastructures portuaires efficientes

Le Port de Québec est en opération depuis des décennies. Rappelons que les quais utilisés par les utilisateurs des ports ont été construits entre la fin du 19e siècle et les années 60. Les infrastructures portuaires sont actuellement dans un état qui nécessite des investissements importants pour en assurer leur pérennité.

Les investissements consentis sur le territoire du port de Québec doivent tenir compte de cette réalité. On doit être en mesure permettre des opérations portuaires efficientes tout en planifiant des infrastructures qui permettront de répondre à l’avenir aux forces du marché et de faire face à la compétition.

Une concertation entre les gestionnaires de l’administration portuaire de Québec et les divers utilisateurs du port s’avère une avenue à perpétuer. L’entretien inévitable des infrastructures actuelles et la planification des projets d’avenir doivent s’analyser simultanément afin que les efforts concertés permettent d’atteindre les objectifs.

Des relations ville-port saines : Une approche en responsabilité sociétale

Les projets de grande envergure sont bien encadrés par les diverses lois liées à la protection de l’environnement. D’ailleurs, l’APQ a soumis volontairement le projet Beauport 2020 au processus d’évaluation de l’Agence canadienne d’évaluation environnementale (ACÉE) en vertu de la Loi canadienne sur l’évaluation environnementale (LCÉE, 2012).

Ce processus de la LCÉE prévoit notamment la préparation d’une Étude d’impact sur l’environnement (ÉIE) répondant à des lignes directrices préparées spécifiquement sur le projet par l’ACÉE et permettant d’en qualifier ses effets potentiels sur l’environnement.

La CCIQ et la CCL sont d’avis que l’APQ doit aussi tenir compte d’une approche en responsabilité sociétale. Dans un monde soumis au regard permanent des autres, la responsabilité sociétale des entreprises devient désormais un enjeu incontournable. Nombre d’organismes de tout acabit et de particuliers scrutent à la loupe les comportements et interventions en matières environnementale, sociale et économique des gestionnaires de l’APQ. Leurs opinions se forgent sur la démonstration d’un comportement social exemplaire. Cette attitude est fort louable.

Mais une confusion persiste entre le développement durable et la responsabilité sociétale. Il y a lieu de bien préciser le sens de ces notions. Le développement durable est une notion largement répandue. Le Québec, par l'adoption de sa Loi sur le développement durable, propose sa propre définition au développement durable, « un développement qui répond aux besoins du présent sans compromettre la capacité des générations futures à répondre aux leurs. Le développement durable s’appuie sur une vision à long terme qui prend en compte le caractère indissociable des dimensions environnementale, sociale et économique des activités de développement. »

Le développement durable remet donc en question notre modèle de développement axé sur la seule croissance économique en reconsidérant nos façons de faire en tenant compte des trois piliers du développement durable.

La responsabilité sociétale est quant à elle, essentiellement centrée sur l’organisation. Elle concerne les responsabilités de l’organisation vis-à-vis de la société et de l’environnement afin d’agir de manière responsable et de contribuer au développement durable. Il s’agit de lignes directrices qui encadrent les gestes posés de manière responsable par l’organisation. L’objectif de la responsabilité sociétale est de contribuer au développement durable.

L’APQ a initié une réelle démarche pour établir une relation ville-port au cours des dernières années et nous encourageons les gestionnaires de l’APQ et les divers intervenants à continuer en ce sens.

Une région tournée vers l’avenir

La région de Québec connait une vitalité économique vivifiante. Cependant, les défis qui se dressent devant nous sont importants et il demeure essentiel de favoriser une vision d’avenir nécessaire au maintien de cet équilibre socio-économique.

Dans ce contexte, les gestionnaires d’entreprises, d’organismes publics et parapublics et les pouvoirs politiques doivent travailler main dans la main afin de planifier et réaliser des projets d’avenir garant de cette stabilité et du développement de la région.

Le projet Beauport 2020, un incontournable, constitue un exemple de cette vision d’avenir, tenant compte de la réalité des marchés, des menaces de la compétition et des enjeux internationaux.

Le Port de Québec, à l’origine de la création de la Ville de Québec, a contribué à son histoire, son patrimoine, son développement économique et à la renommée de notre région, de ses entreprises et de ses citoyens. Québec est une ville maritime portuaire et le Port de Québec a la responsabilité d’assurer une continuité en ce sens. La CCIQ et la CCL applaudissent cette initiative de gérer le présent et de préparer l’avenir.

Réalisé en collaboration avec M. Gaston Déry, membre de la Chambre de commerce et d’industrie de Québec et de la Chambre de commerce de Lévis.

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